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Entraînez-vous à reconnaître des "signes religieux" !

 

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2016.09.16

 Citoyennes, féministes et musulmanes        

Lettre ouverte à nos concitoyen-ne-s 

par un collectif de citoyennes musulmanes

 

 

Nous sommes des femmes qui vivons et agissons en Belgique.

Nos pays d’origine, nos profils, engagements et centres d’intérêt sont très divers, mais les images que l’on produit de nous nous réduisent à une seule facette de notre identité dans laquelle on nous enferme : nous sommes musulmanes.

 

Certaines d’entre nous se couvrent la tête d’un foulard que vous appelez « islamique ». Pour la plupart, nous sommes croyantes. Mais, toutes, nous nous sentons assignées à une identité fantasmée qui nous met systématiquement dans le même sac que des assassins. De là vient la solidarité qui nous soude aujourd’hui, notamment entre « voilées » et non « voilées ». C’est à partir de cette solidarité que nous nous adressons à vous. Et, aussi, à partir de toutes nos identités choisies, trop ignorées. Dont celle-ci : nous sommes féministes.

 

Nous vivons des temps difficiles. L’irruption sur le sol européen d’un terrorisme qui tue aveuglément au nom de l’islam a mis fin à l’illusion que nous pouvions nous tenir à l’écart des violences du monde. Que notre société cherche à se protéger, quoi de plus naturel ? Nos responsables répètent à l’envi qu’il faut éviter les amalgames et ne pas confondre une poignée de criminels avec la grande masse des musulman-e-s. Alors pourquoi a-t-on l’impression que c’est cette grande masse qui est systématiquement ciblée dans les discours et les pratiques ? La lamentable saga du « burkini » vient encore de l’illustrer. Tout ce vacarme pour quelques femmes qui ne se déshabillent pas comme il faudrait ! La pente naturelle de cette nouvelle hystérie française qui s’exporte déjà en Belgique, c’est l’interdiction des « signes religieux ostentatoires » dans tout l’espace public. Ça ne viserait une fois de plus que des femmes, pour l’immense majorité d’entre elles parfaitement inoffensives, et ça ne gênerait aucun terroriste en puissance. Est-ce ainsi qu’on pense éviter l’amalgame entre une toute petite minorité criminelle et l’ensemble de la population musulmane ?

 

En Belgique, on n’a pas attendu le « burkini » pour prendre de multiples mesures en vue de refouler hors de la vie sociale les musulmanes portant le foulard. Les interdits se multiplient dans l’emploi comme dans l’enseignement. Dernières péripéties en date : à partir de la rentrée de septembre, deux écoles fréquentées par des adultes, à Bruxelles et à Liège[1], ont changé leur règlement d’ordre intérieur pour y interdire le foulard. Cela concernera plus d’une cinquantaine d’étudiantes en cours de scolarité. La Belgique va ici plus loin que la France qui limite l’interdiction du foulard à l’enseignement secondaire. Le candidat Sarkozy, qui court derrière le Front national, a déclaré vouloir étendre cette interdiction à l’enseignement supérieur. En Belgique, c’est déjà chose faite, sans aucun débat…

 

Seules des femmes sont concernées par toutes ces mesures. Ça ne vous choque pas ? Pourquoi aucun des interdits ne vise les « barbus » ? Ne serait-ce pas parce qu’il y a autant de barbes musulmanes que de barbes profanes et qu’il n’existe aucun moyen infaillible pour les distinguer ? N’est-ce pas là la preuve que la neutralité d’une apparence, cela ne veut rien dire et que la neutralité ou l’impartialité résident seulement dans les actes posés ?

 

Nous le voyons bien : ce foulard, celui de nos mères, de nos sœurs, de nos amies vous trouble. À la lumière du long combat des féministes d’Occident, mené notamment contre l’emprise d’une Église dominante, vous ne pouvez y voir qu’une régression. Nous devons à ce combat des libertés que nos mères et nos grands-mères n’auront souvent jamais connues. Nous pouvons désormais échapper à la tutelle masculine et nous ne nous en privons pas. En particulier, aucun homme, père, frère ou mari ne pourrait se permettre de nous imposer une tenue vestimentaire contre notre volonté – même si nous savons bien que ce n’est pas une règle générale. Toutes, nous sommes pleinement le produit de notre culture européenne, même si, pour beaucoup parmi nous, celle-ci est métissée d’un ailleurs. Pour celles d’entre nous qui le portent, le foulard ne saurait être un affront aux valeurs démocratiques puisque celles-ci sont aussi les nôtres. Il ne signifie absolument pas que nous jugerions « impudiques » les femmes qui s’habillent autrement. Comme féministes, nous défendrons toujours le droit des femmes d’ici et d’ailleurs à se construire leur propre chemin de vie, contre toutes les injonctions visant à les conformer de manière autoritaire à des prescriptions normatives.

 

Vous affirmez souvent que nos foulards sont des signes religieux. Mais qu’en savez-vous ? Certaines d’entre nous sont croyantes et pourtant ne le portent pas, ou plus. D’autres le portent dans la continuité d’un travail spirituel, ou par affirmation identitaire. D’autres encore par fidélité aux femmes de leur famille auxquelles ce foulard les relie. Souvent, toutes ces motivations s’imbriquent, s’enchaînent, évoluent dans le temps. Cette pluralité se traduit également dans les multiples manières de le porter. Pourquoi les femmes musulmanes échapperaient-elles à la diversité qui peut s’observer dans tous les groupes humains ?

 

Pourquoi vous raconter tout cela ? Pour que, à partir d’une meilleure compréhension mutuelle, nous puissions devenir vraiment des allié-e-s. Car nous ne serons jamais trop nombreuses pour combattre les injustices et les inégalités en tout genre, à commencer par celles qui frappent les femmes. Pour que vous cessiez de considérer celles d’entre nous qui portent le foulard comme, au choix, des mineures sous influence, des idiotes utiles ou des militantes perfides d’un dogme archaïque. Pour vous donner envie de nous rencontrer – toutes, et pas seulement celles qui ont les cheveux à l’air –, au lieu de nous tenir à l’écart et de nous contraindre ainsi au repli communautaire. Nous voulons vraiment faire société ensemble, avec nos ressemblances et nos différences. Chiche ?

 

 

[1] L’Institut d’enseignement de promotion sociale d’Uccle (Bruxelles), qui dépend de la Fédération Wallonie-Bruxelles, et la Haute école de la province de Liège, qui dépend du pouvoir provincial. La plupart des Hautes écoles de l’enseignement officiel disposent déjà de tels règlements, ainsi – et c’est peut-être encore plus grave – que de très nombreux établissements de promotion sociale.


 

Signataires :

Farida Aarrass, Derya Ince Acet, Zohra Abdous, Khamisa Achargui, Anissa Ahally, Esra Akin, Leila Alaouf (France), Zahra Ali (Grande-Bretagne), Sema Aydogan, Serpil Aygun, Touria Aziz, Layla Azzouzi, Aïcha Bacha, Souad Bakkali, Melda Balkayan, Ikram Ben Aïssa, Samira Ben Aïssa, Malaa Ben Azzuz, Hassiba Benbouali, Karima T. Benslimane, Jasmine Bekkouri Richa, Yamina Bounir, Naïma Bouzrouti, Ismahane Chouder (France), Yousra Dahry, Arzu Demirci, Ouardia DerricheRokhaya Diallo (France), Khalissa El Abbadi, Amal El Gharbi, Fatima El Hajjaji, Farah El Heilani, Saïda El Khonsi, Widad El Ouam, Memnune Eryigit, Tamimount Essaidi, Setila Faysa, Maria Florez Lopez, Marie Fontaine, Maud Gassama, Seyma Gelen, Emine Gencer, Sakina Ghani, Fadime Goktas, Inès Guiza, Ozlem Gursever, Malika Hamidi, Ihsane Haouach, Khaddija HaouriguiEva Maria Jimenez Lamas, Esranur Karadag, Hatice Karabag, Hanane Karimi (France), Oflu Kevser, Ozlem Kiliclar, Sümeyra Koca, Nesibe Koroglu, Kim Lecoyer, Lamia Logdali, Rajae Maouane, Karema Menassar, Delphine Moujahid, Pehlivan Naz, Aïchatou Ouattara, Birsen Ozdemir, Gulê Ozer, Durdane Pala, Radiye Pala, Julie Pascoët, Hirem Pervaz, Virginie Pierre, Isabelle Praile, Nathalie Preudhomme, Jasmine Bekkouri Richa, Fatima Rochdi, Hajar Rochdi, Myriam Rochdi, Najat Saadoune, Vanessa Esma Saban, Aynur Ayfer Sahan, Sultan Sahin, Latifa Sellami, Khadija Senhadji, Kamar T, Farida Tahar, Nadia Tarhouni (France), Dudu Tektas, Mihriban Tektas, Hidayet Tuksal (Turquie), Fathy Turkmen, Victoria Vandersteen, Kathy Walrave, Noura Yaz, Buhara Yildirim, Khadija Zahra (96)

 

(Le nom des 17 primosignataires est en lettres grasses. Les signatures hors de Belgique sont en violet.)

 

Avec le soutien de :
Ursule Akatshi, France Blanmailland, Fabienne Brion, Agnès Cassiman-De Meersman, Betty Cleeren, Joanne Clotuche, Elizabeth Cohen, Sonia Dayan-Herzbrun (France)Nadia De Mond (Italie), Elizabeth Defreyne, Christine Delphy (France), Ida Dequeecker, Nicole Dewandre, Anne Fournier, Amandine Gay, Sharon Geczynski, Irène Kaufer, Amandine Kech, Laure Kervyn, Francine Kinet, Lucette Koeune, Maryam Kolly, Maria Lagana, Aurélie Leroy, Nicole Mayer, Loredana Marchi, Mara Montanaro, Angèle Nicolay, Hélène Passtoors, Sabine Panet, Nadine Plateau, Kitty Roggeman, Nadine Rosa-Rosso, Catherine Samary (France), Giorgia Scalmani, Luce Schweitzer, Isabelle Stengers, Anne Timmermans-De Feyter, Corinne Torrekens, Nathalie Totin, Candice Vanhecke, Lien Van Hoorne, Véronique Van Reeth, Elisielle Wilson (Etats-Unis)

 

Cette lettre existe aussi en néerlandais et en anglais.

 

 

Si vous vous reconnaissez dans cette lettre ou si vous souhaitez marquer votre soutien, faites-vous connaître en écrivant à : citoyennesmusulmanes@gmail.com. 

 

 

Cette lettre a également été publiée le même jour par le quotidien La Libre Belgique (versions papier et électronique).

  Commentaire           

 

Cette lettre est importante. Pour une des premières fois en Belgique francophone, des citoyennes musulmanes prennent la parole en s'exprimant en leur nom propre. Malgré les discriminations qui les frappent et les fantasmes dont elles sont l'objet, elles ne renoncent pas au beau projet d'une société inclusive accueillante à la diversité.

 

Aux autres maintenant – et surtout aux femmes et à ceux-celles qui se veulent antiracistes et progressistes – de leur répondre : "vous" faites partie de "nous" et notre société commune a besoin de la pleine participation de tou-te-s dans l'égalité en droit et en dignité. 
 

(••••••••••••••••••••••••••••••••••-------

 

2016.09.22

La réponse

d'une "féministe historique"

Nadine Plateau

 

Je suis ce que certain-e-s appellent une «féministe historique», activement engagée dans le mouvement des femmes depuis les années 70. J’ai manifesté, avec d’autres féministes, pour la dépénalisation de l’avortement, contre toutes les formes de violences à l‘égard des femmes. J’ai combattu, avec d’autres féministes, les mesures et projets de mesures qui pénalisent les femmes dans leur vie privée ou publique (le statut de co-habitant-e par exemple qui pénalise toujours une écrasante majorité de femmes). LIre la suite ici.

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2017.03.30

 séminaire      

Comment gérer la diversité convictionnelle ?

avec Nathalie Denies et Michel Vanderkam, Unia
Jeudi 30 mars 2017 de 18 à 20:00 

au Pianofabriek, rue du Fort 35, 1060 Bruxelles    

 

En 2014 était publiée la synthèse, rédigée par Dounia Bouzar et Nathalie Denies, d'une recherche-action impliquant les secteurs public et associatif à l'initiative du Centre bruxellois d'action interculturelle. Objet de cette recherche : comment faire face à des demandes qui, pour certaines, sont nouvelles, et qui sont formulées en invoquant la conviction religieuse des demandeurs ?
Trois ans après cette publication, il est temps de faire le point.

 

Le séminaire de Tayush est réservé à ses membres et à leurs invité-e-s, dans la limite des places disponibles. Les personnes intéressées peuvent se signaler via l'adresse de contact.

Pour voir le programme complet du séminaire, cliquer ici.

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